les chemins de la simplicité volontaire

08 juin 2011

Jour de récolte

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28 mars 2011

Lybie alibi

Pourquoi ne parle-t-on plus que de la Lybie en ce moment, alors que ce qui s'est passé au Japon est gravissime?

Parce que la guerre présente les tous les attributs du film à grand spectacle.

Pour l'incident nucléaire au Japon, on pourrait répéter à la télé les mêmes choses pendant les 150 000 ans à venir, le temps que la radioactivité commence à diminuer significativement. Il faudra attendre une trentaine d'années pour voir les cancers des irradiés, les malformations génétiques des générations futures etc ... Il y aura un ou deux reportages à ce moment là.

Le tsunami, la défaillance de la centrale ont quelque chose de sensationnel. La radioactivité n'est pas spectaculaire à court terme: sans trace, odeur, ni image, elle intéresse beaucoup mois les médias.

Au fait, attaquer la Lybie fait remonter les cours du pétrole. Les nucléocrates, qui voyaient leur filière non pas remise en cause mais simplement discutée, retrouvent un argument qui a justifié historiquement le choix technocratique et non démocratique du tout nucléaire en France.

En Allemage, 200 000 personnes manifestaient ce week-end contre le nucléaire.

 

            

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16 mars 2011

Industrial disease

" L'installation était conforme aux normes qui sont les plus draconiennes du monde, mais l'ampleur de l'événement dépasse tout ce ce que nos experts avaient pu imaginer. Nous avons affaire à une situation qui dépasse toute norme".

 

Voilà le type de message de technocrates ou de politiques que l'on entend ou entendra après une catastrophe industrielle. Le problème avec le nucléaire, c'est que l'on joue avec le feu; le nucléaire n'est pas une activité banale et le risque en cas d'accident peut être radical et planétaire.

 

Le deuxième type d'annonce consiste à minimiser l'accident, pour ne pas avoir à dire à plusieurs millions de personnes que leur santé va être gravement touchée, et qu'il faudrait aller vivre ailleurs.

 

Le ministre de l'écologie, interrogée à propos des risques que présente la centrale de Fessenheim qui est construite sur une faille sismique, répond de la façon suivante: "on se base sur le tremblement de terre le plus fort qu'ait connu la région, on prend une marge de 0.5". Vous pouvez dormir tranquilles

Idem lorsque l'on interroge les technos arrogants d'Areva sur le stokage des déchêts radioactifs. L'argument ultime est "nous avons les meilleurs experts, il faut nous faire confiance".

 

Le risque zéro n'existe jamais; il faut dans toute activité risquée procéder à un arbitrage entre un niveau de risque acceptable, et un coût de mise en place des solutions de réduction ou de maitrise des risques. En ce sens, le nucléaire est géré comme n'importe quelle activité industrielle. C'est un réel problème car face à la gravité et l'irreversibilité des conséquences d'un accident, le niveau de risque encouru devrait faire l'objet d'un débat démocratique. C'est là que le bât blesse.

Et le coût réel de l'électricité augmenterait fatalement de manière significative si l'on veut augmenter le niveau de sécurité.

 

 Le risque zéro pour le nucléaire existe pourtant, il faut sortir du nucléaire.

Il faut également consommer l'électricité de manière parcimonieuse.

 

Il y a un lien de conséquence entre les néons, les écrans plats géants des rues de Tokyo; et les vapeurs radioactives émanant de Fukoshima.

 

 

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26 février 2011

Pour comprendre pourquoi certains ne mangent pas ou plus de viande

Quelques liens pour approfondir ou découvrir cette question, qui va au delà de l'alimentation mais qui renvoie à notre rapport à l'animal, à la nature, aux autres et à nous-mêmes

Une très bonne introduction sur Wikipédia, avec des références historiques et culturelles
http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9g%C3%A9tarisme

quelques pensées de grands esprits sur: http://www.tribunal-animal.com/consciences/index.htm

Des idées de recette: http://www.vegetarisme.info/animal24.html

Un blog un peu plus militant: http://ptitecaro29.canalblog.com/


 

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20 février 2011

Marée transparente

Le dernier numéro de 'l'Ecologiste" traite de l'éco-psychologie, discipline qui s'attache à comprendre pourquoi malgré la quantité d'information disponible, les choses continuent de tourner sur le rythme du "business as usual".

Parmi les obstacles à surmonter:
-il faut s'attacher à comprendre des processus qui sont parfois complexes
- les gens ne sont pas affectés directement dans leur quotidien
- la peur du changement, de remettre un cause un certain niveau de vie
- difficulté à porter ce stress, cette souffrance, de se sentir isolé
- poids de la communication et de la publicité
- les maillons obscurs des chaines de traitement ne sont pas sous nos yeux, mais très très loins ...

Dans un reportage généraliste sur Arte sur le pétrole , quelques points m'ont particulièrement frappé; Rien de nouveau me diras-tu, mais enfin, il y avait des choses que je ne savais pas.

- la plupart des forages étant connus, on arpente tous les fonds marins en   le bombardant d'ondes sonores ultra-puissantes. Pas étonnant que des baleines viennent s'échouer sur les côtes. L'exploitation des schistes bitumeux ne sont en rien une alternative car conduisant à un véritable massacre de l'environnement. C'est d'ailleurs un échec au Canada.

- l'exploration par BP dans le golfe de Louisiane revenait à quelques centaines de millions de dollars par jour. Il y a eu une énorme pression sur le management de la plate-forme pour aller plus vite, et réduire les coûts. Ben quoi, ça aurait pu réussir.

- les compagnies ont la parade face à ce sinistre d'image et financier qu'est la marée noire. Elles ont beaucoup investi dans la prévention, l'élaboration de méthodes de prospection fiables et des processus sécurisés, la mise au point de produits chimiques permettant de faire disparaître les tâches noires et la communication

Ainsi, des millions de tonnes de HAP (aromatiques polyclyques) ont été déversés et l'on a pu dire que le problème était réglé. Le petit problème, c'est que:
- ces produits sont hautement cancérigènes
- il sont interdits mais ont reçu une dérogation
- ils dispersent le pétrole au fond des océans sur de très vastes surfaces.
- ils sont très peu dégradables.

Un petit site sur le même sujet : http://webrunner.kazeo.com/Maree-noire,r332595.html

Il est temps de changer de paradigme

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17 février 2011

Point Commun : la réponse

Le point commun entre Einstein, Darwin, Léonard de Vinci, rousseau et bien d'autres personnages illustres est, on ne peut pas dire le contraire, qu'ils ont eu une réflexion en profondeur sur l'homme et le monde.

Nous l'ignoriez certainement, mais leur réflexion les a conduits à être végétarien

Pour finir, Isaac Bashevis Singer, écrivain de tradition yddish et prix Nobel de littérature, ayant vécu à Varsovie jusqu'en 1935, écrivait ceci:

« Ce que les nazis avaient faits aux Juifs, l'homme le faisait à l'animal  » – Ennemies ;

«  Dans leur rapport [avec les animaux], tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c'est un éternel Treblinka  » – The Letter Writer. 

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11 février 2011

Point commun

Le post précédent était un peu long, je le reconnais. Je vous invite toutefois à lire ce texte de Plutarque, qui donne beaucoup à réfléchir.

L'article du jour sera plus court, sous forme de devinette

Quel est le point commun entre:

- Léonard de Vinci
- Émile Zola
- J.J. Rousseau
- Pythagore

- Charles Darwin

- Claude Levy-Strauss
- Gandhi

- Albert Einstein, au soir de sa vie?

 

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02 février 2011

Plutarque, cité par Rousseau

Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s'abstenait de manger de la chair de bête ; mais moi; je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d'une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d'auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient? Comment ses yeux purent-ils soutenir l'aspect d'un meurtre? comment put-il voir égorger, écorcher, déchirer un faible animal? comment put-il en supporter l'odeur? comment ne fut-il pas dégoûté et saisi d'horreur quand il vint à manier l'ordure de ces plaies, à nettoyer le sang noir qui les couvrait ?                   

    Les peaux rampaient encor' sur la terre écorchées;

    Les chairs dans son foyer mugissaient embrochées;

    Et l'homme dans son sein les entendit gémir.

                  

Ces vers d'Homère ne sont qu'une fiction ; mais quel repas monstrueux que d'assouvir sa faim d'animaux encore mugissants, que de se faire apprêter des bêtes qui respiraient, qui parlaient encore, que de prescrire    la manière de les cuire, de les assaisonner et de les servir ! C'est de ceux qui commencèrent ces horribles festins, et non de ceux qui les ont enfin quittés, qu'on a lieu de s'étonner. Encore les premiers qui osèrent manger la chair des animaux pouvaient-ils s'excuser sur la nécessité. Ce ne fût pas pour satisfaire des goûts désordonnés, ni dans l'abondance des commodités de la vie, que, par une sensualité barbare, ils recherchèrent des plaisirs réprouvés par la nature et par l'humanité. S'ils pouvaient renaître aujourd'hui et recouvrer le sentiment et la voix, ils nous diraient :

               

« Heureux mortels, quelle faveur les dieux vous ont faite, de vous réserver pour un temps où la nature vous prodigue toutes sortes de biens ! que de richesses elle fait éclore pour vous ! quels vignobles à vendanger ! quelles moissons à recueillir ! de quels fruits délicieux les arbres sont chargés ! Vous pouvez jouir de toutes ces richesses sans jamais souiller vos mains. Nous, au contraire, nous avons vécu dans le temps le plus dur et le plus misérable, où le monde, nouvellement formé, ne nous offrait aucune ressource contre la plus affreuse misère. Le ciel était encore couvert de vapeurs épaisses, et les astres, sans lumière, n'étaient qu'une masse confuse de feu et d'eau bourbeuse qu'agitaient les vents et les orages. Le cours du soleil n'avait pas une marche fixe et régulière ; les heures de son lever et de son coucher n'étaient pas invariables, et des révolutions périodiques ne ramenaient pas à des époques certaines les saisons couronnées de fruits abondants. Le cours incertain des rivières dégradait leurs rives de toutes parts ; des étangs, des lacs, de profonds marécages, des bois stériles et des forêts sauvages couvraient partout sa surface. Elle ne produisait d'elle-même aucun bon fruit ; nous n'avions nul instrument de labourage et nous ignorions l'art de la rendre féconde. La faim ne nous laissait aucun relâche, et, comme nous n'avions pu rien semer, nous ne pouvions espérer de récolte. Faut-il s'étonner que, contre le sentiment de la nature, nous ayons fait usage de la chair des animaux dans un temps où la mousse et l'écorce des arbres faisaient notre nourriture? Quelques racines vertes de chiendent ou de bruyère étaient pour nous un régal, et ceux qui avaient pu trouver du gland dansaient de joie autour d'un chêne on d'un hêtre, au son d'une chanson rustique, et appelaient la terre leur nourrice et leur mère.C'étaient alors leurs uniques fêtes ; tout le reste de la vie humaine n'était que peine et que misère.

                  

« Mais vous, quelle fureur, quelle rage vous porte à commettre des meurtres, quand vous êtes rassasiés de biens et que vous regorgez de vivres ? Pourquoi mentez-vous contre la terre en l'accusant de ne pouvoir vous nourrir ? pourquoi péchez-vous contre Cérès, inventrice des saintes lois ? pourquoi déshonorez-vous le gracieux Bacchus, consolateur des hommes, comme si leurs dons ne suffisaient pas à la conservation du genre humain? Comment osez-vous mêler avec leurs doux fruits le sang et le carnage ? Et après cela vous appelez bêtes féroces les dragons, les panthères et les lions, tandis que, souillant vos mains par des meurtres, vous ne vous montrez pas moins féroces qu'eux. Ils tuent les autres animaux pour vivre, et vous les égorgez pour vous livrer à vos cruelles délices. »

                  

En effet, nous ne mangeons ni les lions ni les loups après les avoir tués en nous défendant contre eux. Nous les laissons tranquilles, et nous égorgeons des bêtes douces et innocentes, qui n'ont ni aiguillons ni dents meurtrières, et que la nature semble avoir produites pour nous faire jouir de leur grâce et de leur beauté. [...]

                  

Voilà cependant ce que nous faisons ; nous ne sommes sensibles ni aux belles couleurs qui parent quelques uns de ces animaux, ni à l'harmonie de leurs chants, ni à la simplicité et à la frugalité de leur vie, ni   à leur adresse et à leur intelligence; et, par une sensualité cruelle, nous   égorgeons ces bêtes malheureuses, nous les privons de la lumière des deux, nous leur arrachons cette faible portion de vie que te nature leur avait destinée. Croyons-nous d'ailleurs que les cris qu'ils font entendre ne soient que des sons inarticulés, et non pas des prières et de justes réclamations de leur part? Ne semblent-ils pas nous dire : Si c'est la nécessité qui vous force à nous traiter ainsi, nous ne nous plaindrons pas, nous ne réclamons que contre une violence injuste. Avez-vous besoin de nourriture? égorgez-nous. Ne cherchez-vous que des mets plus délicats ? laissez-nous vivre, et ne nous traitez pas avec tant de cruauté. C'est un spectacle dégoûtant que devoir servir sur les tables des riches ces corps morts que l'art des cuisiniers déguise sous tant de formes différentes ; mais c'en est un plus horrible encore que de les voir desservir. Les restes sont toujours plus considérables que ce qu'on a mangé. Combien donc d'animaux tués inutilement ! D'autres ne touchent point à une partie des mets qu'on leur a servis, ils ne souffrent pas qu'on coupe les viandes qu'ils ont laissées, et eux-mêmes ils n'ont pas honte de mettre en pièces des animaux vivants.

                  

L'usage de manger de la viande est, dit-on, fondé sur la nature. Mais d'abord la   conformation seule du corps humain prouve le contraire ; elle ne ressemble à celle d'aucun des animaux carnivores. L'homme n'a ni un bec crochu ni des griffes ou des serres, ni des dents tranchantes ; son estomac n'est pas assez fort ni ses viscères assez chauds pour élaborer et changer en chyle une nourriture aussi pesante que la chair des animaux. Au contraire la nature, en nous donnant des dents unies, une bouche étroite, une langue douce et molle, et des esprits animaux d'une chaleur modérée, semble avoir interdit à l'homme ces sortes d'aliments. Si vous vous obstinez à soutenir qu'elle vous a faits pour manger la chair des animaux, égorgez-les donc vous-mêmes, je dis de vos propres mains, sans vous servir de coutelas, de massue ou de hache. Faites comme les loups, les ours et les lions, qui tuent les animaux dont ils se nourrissent. Mordez, déchirez à belles dents ce bœuf, ce pourceau, cet agneau ou ce lièvre; mettez-les en pièces, et comme ces bêtes féroces, dévorez-les tout vivants. Si, pour les manger, vous attendez qu'ils soient morts et que vous ayez horreur d'égorger un être vivant, pourquoi donc, outrageant la nature, vous nourrissez-vous d'un être animé ? Pourquoi, après même qu'il est mort, ne le mangez-vous pastel qu'il est? Il Vous en faut transformer la chair par le feu, la faire bouillir ou rôtir, la dénaturer enfin par des assaisonnements et des drogues qui ôtent l'horreur du meurtre, afin que le goût, trompé par ces déguisements, ne rejette point une si étrange nourriture. Un Spartiate acheta dans une auberge un poisson, et le donna au cuisinier afin qu'il l'apprêtât. Celui-ci lui demanda du beurre, de l'huile et du vinaigre pour l'assaisonner: Eh quoi! lui répondit sensément le Spartiate, si j'avais tout ce que vous me demandez là, croyez-vous que j'eusse acheté le poisson ?

                  

Mais ces meurtres dégoutants flattent si fort notre sensualité, que nous donnons à la   chair le nom de mets, et cependant pour la manger nous avons besoin d'assaisonnements ; nous y mêlons de l'huile, du vin, du miel, du garum, du vinaigre, des aromates de Syrie et d'Arabie ; on dirait vraiment qu'il s'agit d'embaumer un corps mort. Ces viandes ainsi amollies et attendries, je dirais presque corrompues, n'en sont pas moins difficiles à digérer, et après même que nous les avons digérées, elles nous occasionnent des pesanteurs et des crudités pénibles. Diogène osa manger un polype tout cru pour s'épargner la peine de le faire cuire. En présence d'un grand nombre de prêtres et d'autres spectateurs, il se couvrit la tête de son manteau, et approchant le polype de sa bouche : Ô Athéniens, s'écria-t-il, à quel danger je m'expose pour vous! Voilà sans doute un bel  exploit. Comme Pélopidas s'exposa courageusement pour la liberté de Thèbes, Harmodius et Aristogiton pour celle d'Athènes, ce brave philosophe osait combattre contre un polype cru, pour rendre les hommes encore plus féroces.

                  

Mais outre que l'usage de la chair des animaux est contraire à la nature, il appesantit encore l'âme par la réplétion et la satiété qu'il occasionne. Si le vin et les viandes donnent au corps plus de force et de vigueur, ils rendent l'esprit plus faible et plus obtus. Je ne citerai pas ici les athlètes, afin de ne pas m'en faire des ennemis ; jeprendrai des exemples domestiques. Les Athéniens reprochent aux habitants de la Béotie d'être grossiers et stupides, et la principale cause de ce reproche c'est leur voracité. On connaît le proverbe : la truie de Béotie. Ménandre dit d'eux : Ils ont des mâchoires. Tout le monde sait le mot de Pindare; celui d'Héraclite n'est pas moins connu. L'âme sèche, disait ce philosophe, est la meilleure et la plus sage. Quand on frappe sur des tonneaux vides, ils rendent du son ; s'ils sont pleins, ils n'en font entendre aucun. Des vases de cuivre minces retentissent au loin quand on les frappe, à moins qu'on n'arrête le son en y posant la main, et qu'on ne coupe ainsi la communication. Un œil chassieux s'obscurcit, et devient inhabile à remplir sa fonction naturelle. Lorsqu'on   regarde le soleil à travers un air humide et chargé de vapeurs, il perd son   éclat et sa pureté ; il paraît obscur, nébuleux, et ne jette qu'une lumière  incertaine. De même, quand le corps est rassasié et appesanti par des aliments   étrangers à sa constitution, l'éclat et le feu de l'esprit en sont nécessairement émoussés : il ne peut s'occuper que d'objets vains et frivoles, sur lesquels il se traîne pesamment ; il n'a plus ni assez de force ni assez d'énergie pour s'élever à la contemplation d'objets grands et difficiles.

                  

Et sans cela quelle disposition de l'âme plus digne d'être recherchée, que l'habitude de la douceur et de l'humanité? Quel homme se portera jamais à en blesser un autre lorsqu'il se sera accoutumé à ménager, à traiter avec bonté des animaux qui lui sont si étrangers? Je me souviens qu'en vous rapportant, il y a trois jours, le trait de Xénocrate et je vous citai le jugement des Athéniens, qui punirent un citoyen pour avoir écorché vif un bélier. Celui qui tourmente ainsi un animal vivant est-il plus coupable que celui qui le tue ? Mais nous sommes plus affectés de ce qui est hors de nos usages que de ce qui contrarie la nature.

                  

Les raisons que j'ai données jusqu'ici sont simples et communes ; mais notre opinion a une source plus grande et plus mystérieuse que ne peuvent croire les hommes faibles et lâches, qui, suivant Platon, ne sauraient s'élever au-dessus des choses mortelles. Je n'ose la proposer dans cette conférence, comme un pilote craint de faire mouvoir son vaisseau pendant la tempête, ou un poète, à la fin de sa pièce, de recourir à une machine. Je placerai cependant ici, en forme d'introduction, les vers d'Empédocle. Ils renferment une allégorie dont le but est de montrer que nos âmes ne sont attachées à des corps mortels qu'en punition des meurtres qu'elles ont commis sur les animaux dont elles ont dévoré les chairs. Cette doctrine est même plus ancienne qu'Empédocle. L'audace des Titans, qui osèrent mettre en pièces Bacchus et se nourrir de ses chairs, et que Jupiter punit en les frappant de la foudre, est une allégorie dont le sens caché se rapporte à sa seconde naissance ; car la faculté irraisonnable de notre   âme, qui, livrée au désordre et à la violence, est l'ouvrage, non de Dieu, mais du démon, fut appelée Titan par les anciens, et c'est elle qui est punie de nos crimes.

                  

La raison veut que nous revenions aujourd'hui, avec des preuves et des forces toutes nouvelles, sur la question de l'usage des viandes que nous agitâmes hier. Il est difficile, disait Caton, de se faire entendre à des estomacs, qui n'ont point d'oreilles. D'ailleurs nous buvons tous depuis longtemps dans la coupe de l'habitude, qui, comme celle de Circé,

                  

Mélange dangereux de funestes douceurs,
Enfante les regrets, les larmes, les douleurs.

                  

Il n'est pas facile de faire rejeter cet appât trompeur à des hommes qui en ont savouré le plaisir, et qui s'y sont fortement attachés. Quand les Égyptiens embaumaient un corps mort, ils en étaient les entrailles, et, après avoir pris le soleil à témoin, ils les jetaient comme étant là cause de toutes les fautes que le mort avait commises. De même il serait à souhaiter que nous pussions arracher de notre âme la sensualité et le goût du carnage, pour mener à l'avenir une vie plus pure ; car ce n'est point notre estomac qui est coupable de ces meurtres, c'est nous qui le souillons par notre intempérance.

                  

Mais s'il nous est impossible de renoncer à cet usage, ou que l'habitude que nous en avons contractée nous fasse rougir de quitter ce régime vicieux, conservons-y du moins la modération que la raison nous prescrit. Mangeons la chair des bêtes par besoin et non par sensualité. Lorsque nous privons un animal de la vie, montrons-nous compatissants et sensibles. N'insultons pas à leur malheur, en prenant plaisir à les tourmenter, comme on fait aujourd'hui en égorgeant des pourceaux avec des broches rougies au feu, afin que la trempe du fer amortissant la chaleur du sang et augmentant sa diffusion, en rende la chair plus délicate. D'autres sautent sur les mamelles des truies qui sont près de mettre bas et les foulent aux pieds ; et après avoir fait périr les petits dans les blessures cruelles de la mère, ils les retirent ainsi meurtris et couverts d'un lait et d'un sang presque corrompus, afin de manger ces animaux (quelle horreur, grands dieux ! ) dans cet état d'inflammation. Il yen a qui crèvent les yeux des grues et des cygnes, et qui les engraissent dans les ténèbres, afin de donner à leur chair un meilleur goût par tous les ingrédients recherchés qu'ils leur font prendre. Cela prouve évidemment que ce n'est pas la nécessité et le défaut d'autre nourriture, mais la satiété et le désir de satisfaire un luxe cruel, qui les font recourir à ces plaisirs injustes.

                  

Les hommes insatiables des plaisirs des sens essaient de tout, et passant ainsi de débauche en débauche, ils finissent par tomber dans les excès les plus honteux. De même l'intempérance dans le manger, lorsqu'elle passe les bornes de la nature et du besoin, nous entraîne, pour varier nos goûts, dans le désordre et la cruauté. Nos sens se vicient par leur contagion mutuelle, et lorsqu'ils sortent des règles que la nature leur prescrit, ils se rendent les uns les autres complices de leurs excès. Ainsi une oreille mal organisée corrompit la musique, dans laquelle un goût efféminé introduisit des accents affectés et des modulations   lascives. Ainsi l'œil se dégoûta des danses pyrrhiques, des gestes animés et des mouvements vifs, des statues et des tableaux d'une forme élégante, et il se procura à grands frais les spectacles sanglants d'hommes qui s'entre-tuaient ou se couvraient de sang et de blessures. Ainsi enfin des tables chargées de ces mets barbares amènent des amours dissolus ; à ces amours honteux succèdent des chants que proscrit la saine musique ; ces chants lascifs sont suivis de spectacles absurdes, et ces spectacles inhumains finissent par nous rendre insensibles et cruels les uns envers les autres. Aussi le divin Lycurgue, dans une des trois ordonnances qu'on appelle rhétres, défendit-il qu'on employât, pour construire les portes et les planchers des maisons, d'autre instrument que la scie et la cognée, non qu'il voulût proscrire et anéantir les tours, les rabots et les autres instruments destinés à des ouvrages plus lins ; mais il savait que des édifices ainsi construits ne seraient point meublés de lits dorés, de tables d'argent, de tapis de pourpre ni de pierres précieuses, et que la simplicité de la maison, du lit, de la table et des autres meubles, amènerait celle des repas.

                  

Mais tous les genres de luxe et de dépense suivent la somptuosité de la table,

Comme un léger poulain suit les pas de sa mère.                   

Est-il un repas magnifique où l'on n'égorge quelque être vivant ? Regardons-nous comme indifférente la perte d'une âme? Je veux que ce ne soit pas, comme le croit Empédocle, celle d'un père, d'une mère, d'un fils  ou d'un ami; c'est toujours celle d'un être qui sent, qui voit et qui entend, qui a de l'imagination et de l'intelligence, facultés que chaque animal a reçues de la nature pour se procurer ce qui lui convient et éviter ce qui peut lui nuire. Quels philosophes nous inspirent plutôt des sentiments de douceur et d'humanité, de ceux qui nous engagent à manger nos amis, nos enfants, nos pères et nos mères, parce qu'ils les regardent comme morts, ou de Pythagore etd'Empédocle, qui nous enseignent à exercer la justice même envers des êtres d'une autre espèce que nous? Vous vous moquez d'un homme qui s'abstient de manger du mouton. Mais, vous diront les partisans de la métempsycose, avons-nous moins droit de rire lorsque nous voyons, après la mort d'un père ou d'une mère, couper leurs corps par morceaux, en envoyer des portions à vos amis absents, et inviter ceux qui sont présents à se nourrir de leur chair que vous leur servez abondamment ? Peut-être avons-nous tort de lire les ouvrages où l'on trouve ces faits atroces, sans avoir auparavant purifié nos mains et nos pieds, nos yeux et nos oreilles, si toutefois ce n'est pas les purifier que d'en parler comme nous faisons, et d'adoucir, suivant le conseil de Platon, par des discours humains, des maximes pleines d'amertume. Si nous comparons ces écrits avec ceux de nos sages, on se convaincra que la philosophie des premiers ne convient qu'à des Sogdiens et à des Mélanchlènes, dont Hérodote raconte des choses incroyables, et que les dogmes de Pythagore et d'Empédocle sont conformes aux lois et aux usages des anciens Grecs. On dira peut-être que nous ne devons aucune justice à des animaux privés de raison. Quels hommes ont établi une opinion semblable?

                  

    Ce sont ceux qui forgeant  l'acier homicide
    Versèrent les premiers le sang d'un bœuf timide,
    Et de sa chair sanglante osèrent se nourrir.

                  

C'est ainsi que les tyrans s'essaient aux meurtres. Ceux d'Athènes firent mourir d'abord le plus méchant des sycophantes nommé Epitédius, ensuite un second, puis un troisième. Bientôt les Athéniens, accoutumés à voir verser le sang, souffrirent qu'on fit périr Nicératus, fils de Nicias, le général Théramène et le philosophe Polémarque.

De même dans les commencements on mangea un animal sauvage et malfaisant, ensuite un oiseau et un poisson pris dans des filets. Quand une fois on eut goûté la chair des animaux, on en vint insensiblement, par des essais répétés, jusqu'à manger le bœuf qui partage nos travaux, la brebis dont la toison nous couvre, et le coq qui fait sentinelle dans nos maisons. Ainsi cette insatiable cupidité s'étant peu à peu fortifiée, on a été jusqu'à égorger les hommes, à les massacrer et à leur faire des guerres cruelles.

                  

Il faut donc prouver que dans la seconde naissance, les âmes vont habiter indifféremment tous les corps, que celle qui animait le corps d'un homme passe dans celui d'une brute, et celle d'une bête féroce dans un animal domestique ; que la nature changeant ainsi, et transportant toutes les âmes, les place tour à tour dans des corps différents.

                  

Sans cela,les autres considérations ne suffiront pas pour détourner les hommes d'un genre d'intempérance qui engendre dans le corps des maladies funestes, et qui dégrade l'âme en la livrant à des guerres injustes et cruelles, tous ces maux sont la suite nécessaire de l'habitude que nous avons prise de ne pas recevoir un étranger, de ne pas célébrer une noce ou traiter des amis sans verser du sang et sans commettre des meurtres. Mais quoique la doctrine du passage des âmes en divers corps ne soit pas démontrée, le doute seul ne doit-il pas nous imposer la plus grande réserve et la plus grande crainte ? Si dans un combat nocturne un homme fondait l'épée à la main sur un ennemi renversé et couvert de ses armes, et que quelqu'un lui dit qu'il soupçonne que la personne qui est à ses pieds est son père, son fils, son frère ou son ami, que devrait-il faire ? Suivre cet avis douteux et sauver un ennemi en le croyant son ami ; ou, sans égard pour un doute trop vague, tuer son parent ou son ami en le prenant pour un ennemi? Il n'est personne qui ne frémisse de cette dernière supposition.

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29 janvier 2011

Labour

La terre était prête, encore humide mais bien séchée en surface par le vent d'autan. C'était le moment d'y aller. Quatre jours de tracteur, pour retourner 8 hectares.

Ennuyeux?

Non, car là part les petites manœuvres pour tourner, régler la charrue ou parer à un petit problème, le temps suspend son vol et l'on peut vraiment réfléchir en profondeur, tout en regardant le spectacle de la nature.

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Posté par decrescendo à 20:45 - Agriculture - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

22 janvier 2011

On ne voit bien qu’avec le cœur

"Quand j’en rencontrais une [grande personne]  qui me paraissait un peu lucide, [...]  je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d’étoiles. Je me mettais à sa portée. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de cravates. Et la grande personne était bien contente de connaître un homme aussi raisonnable…

J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort."

Cette panne n'est pas seulement celle d'un moteur d'avion en rade dans le désert. C'est une panne existentielle, où quelque chose s'est cassé dans le moteur de la vie. C'est la guerre (cf la métaphore des baobabs), la violence, la lucidité sur ce que sont les hommes dans leur grande majorité: méchanceté,  stupidité, cupidité, fausse connaissance, orgueil, soif de pouvoir, vanité ... que le Petit Prince rencontre à travers différents personnages lors de son voyage, avant d'arriver sur la terre. Cette lucidité sur le monde menant à une immense solitude, voire la tentation de la mort (cf le serpent). Mais il reste peut-être l'espoir, une source d''envie de vivre, qui sont à rechercher la pureté de l'enfance enfouie en l'homme (le Petit Prince), ou encore l'amitié (le Renard), ou l'amour (la Rose) .

"Celui-là [ l'allumeur de réverbères], se dit le petit prince, tandis qu’il poursuivait plus loin son voyage, celui-là serait méprisé par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c’est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C’est, peut-être, parce qu’il s’occupe d’autre chose que de soi-même. "

J'ai eu la chance d'assister hier à une superbe interprétation théâtrale de ce conte philosophique qu'est le Petit Prince. Mise en scène sobre, un acteur époustouflant interprétant tous les personnages, refus de la mièvrerie (pas de petit garçon blond, de mouton, de renard ...) pour finalement faire sentir toute la profondeur de l'œuvre et faire réfléchir, petits et grands, sur la condition humaine. Il s'est passé quelque chose dans la salle.


"Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… »

Le lendemain revint le petit prince.

« Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrira le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… il faut des rites"


Posté par decrescendo à 19:14 - Réflexion - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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